Stop Ma Pa Ta
(Ma matière
première n’est pas ta matière)
Exposition à la Villa Arson du 4 juin au 17
septembre 2017
Avec les œuvres de : Edwige
Aplogan, Aston, Daavo, Benjamin Déguénon, Kifouli Dossou, Euloge Glèlè, Richard
Korblah, Charles Placide, Psycoffi, Gérard Quenum, Prince Toffa, Julien
Vignikin, Didier Viodé et Dominique Zinkpé
Commissariat : André Jolly et Eric Mangion
Commissariat : André Jolly et Eric Mangion
Avec ce titre qui évoque de manière ironique le commerce des
matières premières entre l’Afrique et les grandes puissances industrielles,
l’exposition réunit quatorze artistes originaires du Bénin.
https://vimeo.com/222399552
https://vimeo.com/222399552
- À propos du Bénin
Le Bénin est un pays d’Afrique occidentale qui s’étend du fleuve
Niger au Nord à la côte atlantique au Sud. Il est voisin du Togo, du Nigeria,
du Niger et du Burkina Faso.
À l’échelle de l’Afrique, le Bénin est un petit pays, un peu moins
de 115 000 km2, soit un peu plus grand que le Portugal.
Le pays ouvre sur le golfe de Guinée et comme ses voisins se
déploie en une longue bande orientée nord sud. Comme ces voisins, il couvre
donc deux grandes aires géographiques et civilisationnelles : au nord, la
savane sahélienne, terre sèche balayée par l’Harmattan, vent chaud et sec venu
du Sahara, que se partagent éleveurs et agriculteurs. Le sud et le centre du
pays sont marqués par l’histoire des peuples du golfe de Guinée, zone
tropicale, arrosée par la mousson d’avril à novembre.
paysage de savane
forêt équatoriale du golfe de Guinée
On retrouve
cette distinction dans les qualifications d'« Afrique des greniers »
et d'« Afrique des paniers ». La première fait référence aux greniers
de céréales que l'on trouve dans les villages du Sahel. « L’Afrique des
paniers » fait référence à la zone équatoriale et correspond, en Afrique
occidentale, au sud de tous les pays qui bordent le Golfe de Guinée. Dans ces
derniers, en raison du climat équatorial favorable à l'agriculture, rien ne
sert d'entreposer, il suffit juste de cueillir et d’emporter.
La capitale du pays est
Porto-Novo, légèrement en retrait par rapport au littoral. Mais la grande
ville, capitale économique et culturelle, est Cotonou, ville portuaire à 30 km
de Porto-Novo.
Cotonou, qui compte près de 2
millions d’habitants, est l’une des grandes métropoles d’Afrique occidentale
(par comparaison, Lagos, capitale du Nigeria voisin compte plus de 12 millions
d’habitants). La ville abrite le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest et sa
proximité avec le Nigeria en fait une plaque tournante de l’économie
informelle.
Le Bénin a été le berceau de
différents royaumes qui ont été des foyers culturels importants. Différents
sites sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, dont les
palais royaux d’Abomey.
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Statue d'homme requin provenant d'Abomey entre 1889 et 1893 conservée au Musée du Quai Branly Cette statue représenterait Béhanzin |
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Trône royal vers 1820-1860 conservé au Musée du Quai Branly |
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Buste de Néfertiti conservé au Neues Museum de Berlin |
À partir du 18ème
siècle, se constitue un royaume puissant qui va dominer la région, le royaume
du Dahomey.
C’est aussi
l’époque où les Européens, d’abord des Portugais et des Néerlandais,
s’installent de manière durable dans le Golfe de Guinée où sévit la traite des
esclaves.
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Le royaume d'Abomey |
Dans le courant du 19ème
siècle, la France organise la mise sous tutelle de la région. L’un des rois les
plus mythiques du royaume du Dahomey, Béhanzin, s’oppose farouchement aux
visées coloniales françaises. Il attaque les Français à Cotonou en 1890. Face à
l’avancée des troupes françaises, il doit se rendre en 1894. Il sera déporté en
Martinique d’où il ne cessera de demander son retour au Dahomey. Il meurt en
1906 en Algérie, toujours captif et exilé.
Le Dahomey est intégré à
l’empire colonial français. Il accède à l’indépendance en 1960 sous le nom de
République du Dahomey.
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Gravure représentant Béhanzin |
Les premières années de
l’indépendance sont politiquement mouvementées. Les coups d’état se succèdent
sur fond de rivalités entre le nord et le sud. En 1972, Mathieu Kérékou, un
militaire, prend le pouvoir. Il impose le marxisme-léninisme comme idéologie
officielle de l’État.
En 1975, le pays change de nom et devient le Bénin, du
nom d’un ancien royaume plus neutre que le nom Dahomey dans lequel les
populations du nord ne se reconnaissaient pas.
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Mathieu Kérékou |
Dans les années 80, la situation
économique et politique du pays se dégrade. Un gouvernement de transition est
mis en place et ouvre la voie à la démocratie et au multipartisme.
Depuis, le
Bénin connaît des alternances politiques démocratiques relativement rares sur
le continent africain, malgré des difficultés économiques. Le Bénin est en
effet l’un des pays les plus pauvres du monde ( 1 enfant sur 2 travaille)
malgré un taux de croissance de plus de 5% par an. L’agriculture est la
principale source de richesse et l ‘économie du pays est très largement
dépendante des cours mondiaux du coton, principale culture d’exportation devant
l’ananas et l’huile de palme. Le port de Cotonou, l’un des pivots de l’économie
béninoise est également très dépendant de son puissant voisin, le Nigeria.
- Les statues meurent aussi
Les statues meurent aussi (1953)
Les statues meurent aussi est un
documentaire de 30 minutes réalisé par Chris Marker, Alain Resnais en 1953. Il
fut commandé par la revue Présence Africaine,
une revue, panafricaine éditée à Paris mais aussi une maison d’édition et une
librairie qui regroupait notamment Aimé Césaire, Sédar Senghor, Sartre, … qui
se sont tous engagés en faveur de la décolonisation.
Partant de la question
« Pourquoi l’art nègre se trouve-t-il au musée de l’Homme
alors que l’art grec
ou égyptien
se trouve au Louvre ? »,
les réalisateurs dénoncent le manque de considération pour l'art africain
dans un contexte de colonisation.
En France, du fait de son point de vue anti-colonialiste, le film
reste interdit par la censure pendant une dizaine d’années. (Le musée de
l’Homme est un musée qui avait une prétention scientifique et non pas
artistique. À travers la présentation d’objets, il s’agissait de présenter de
manière objective et scientifique les différents groupes humains. On est pas
loin d’une vision racialiste évidemment contestable. D’ailleurs Le musée de
l’Homme n’existe plus, il a été remplacé par le musée du Quai Branly qui
insiste davantage sur l’esthétisme des objets présentés et la notion de chef
d’œuvre.)
(Les statues meurent aussi est à mettre
en relation, tant il s’en inspire, avec Le musée imaginaire, essai d’André
Malraux publié en 1947.)
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La vitrine des instruments de musique dans la salle d’exposition permanente consacrée à l’Europe au musée de l’Homme dans les années 1970 © MNHN |
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Intérieur du Musée du Quai Branly - Jacques Chirac Atelier Jean Nouvelle |
Ce film est resté célèbre non
seulement en raison de la censure, mais aussi parce que c’est l’un des premiers
films de deux réalisateurs majeurs : Chris Marker et Alain
Resnais.
2.1.
Chris Marker (1921-2012)
Réalisateur, écrivain, illustrateur, traducteur, photographe,
éditeur, philosophe, essayiste, critique, poète et producteur, Chris Marker est
né en 1921 et mort en 2012. Il est l’auteur de ce que l’on peut qualifier
d’essais cinématographiques : la Jetée, le Fond de l’air est rouge, Sans
soleil, le tombeau d’Alexandre …
Il collabore activement avec des cinéastes, des écrivains, des
artistes ou de simples ouvriers. Toute son œuvre est empreinte d’un profond humanisme,
d’un goût pour les voyages et la découverte du monde et un militantisme actif.
Il a pris position contre la guerre du Vietnam (Loin du Vietnam, film
collectif avec Godard, Resnais,…), contre le colonialisme, pour Cuba et les
mouvements révolutionnaires. Fascination pour le Japon où il a régulièrement
voyagé (Sans Soleil, A.K, portrait du cinéaste Akira Kurosawa). Initiateur,
avec d’autres, des groupes Medvekine, du nom du réalisateur soviétique, qui
permettent aux ouvriers de filmer leurs luttes de l’intérieur.
Ø
Les statues meurent aussi (1953)
Ø
Le fond de l’air est rouge (1978) 1ère partie : http://www.dailymotion.com/video/x11eekv 2ème partie : https://www.dailymotion.com/video/x11ef4t_le-fond-de-l-air-est-rouge-2-les-mains-coupees-2-1_news
Ø
Sans soleil (1982) https://archive.org/details/SansSoleilChrisMarker1983DvdRipXvidVosecultivadoresdeculto.comfound.via.clanSudamerica.net
2.2.
Alain Resnais (1922-2014)
Réalisateur français, proche de la Nouvelle Vague. (La Nouvelle
Vague est un mouvement du cinéma français
de la fin des années 1950.
Il rassemble des réalisateurs
qui ont tourné leurs premiers films à la fin de cette
période. Les figures emblématiques en sont notamment François Truffaut,
Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Éric Rohmer, Jacques Rivette et Agnès Varda.)
Auteur de vingt longs
métrages, dont Nuit et Brouillard (1956), premier film de référence sur
les camps de concentration.
Nuit et brouillard (1956)
Ø
Hiroshima mon amour (1959), sur un texte de Marguerite
Duras
Bande annonce du film Hiroshima mon amour (1959)
Ø
L’année dernière à Marienbad (1961) sur un scénario d’Alain
Robbe-Grillet
Bande annonce de L'année dernière à Marienbad (1961)
(Alain Robbe-Grillet et Marguerite Duras sont deux
auteurs majeurs de ce qu’on a appelé le Nouveau Roman dans les
années 60, mouvement littéraire qui visait à repousser les conventions du roman
traditionnel telles que l’intrigue, le portrait psychologique et même la
nécessité des personnage. Le nouveau roman se veut un art autonome, conscient
de lui-même. La position du narrateur y est notamment interrogée : quelle
est sa place dans l'intrigue, pourquoi raconte-t-il ou écrit-il ?)
Ø
Muriel (1963) traite de la torture pendant la guerre
d’Algérie.
Muriel ou le temps d'un retour (1963)
Dans les années 80 et 90, Alain Resnais s’engage dans une voie
plus grand public avec des films comme On connaît la chanson, par exemple.
- Les maîtres fous (1955) film de Jean Rouch
Les maîtres fous 1/2
Les maîtres fous 2/2
Le documentaire illustre les
pratiques rituelles de la secte religieuse des Haoukas pratiquées par les
immigrés pauvres d'Accra,
capitale du Ghana, autre pays du golfe de Guinée.. Cette secte témoigne de
l’apparition de nombreuses religions nouvelles au cours des années 20, lorsque
des jeunes hommes de la brousse d’Afrique noire se rendirent dans les villes et
furent heurtés à la civilisation mécanique. Ces rites consistent en
l'incarnation par la transe des figures de la colonisation (le gouverneur, la
femme du capitaine, le conducteur de locomotive, etc.) et s'organise autour
d'une confession publique, de chorégraphies frénétiques et de sacrifices
d'animaux (poules, chien). Ce
rituel de possession montre indirectement comment certains Africains se
représentaient notre civilisation occidentale.
Au lendemain du rituel, Rouch
retrouve les membres de la secte dans leur environnement social, nous
découvrons qu’ils sont ouvriers, voleurs à la tire ou encore soldats. Cette construction en triptyque, qui
suit le déroulement des événements facilite l’ancrage des personnes filmées
dans leur quotidien, et finalement le spectateur réalise que ces hommes, que
l’on peut penser fous, violents et cruels, sont en réalité parfaitement
intégrés à leur milieu. Ils ont su
trouver un moyen d’accepter, ou du moins vivre, avec la domination quotidienne
exercée par les sociétés occidentales.
Jean Rouch expliquera que « ce jeu violent n'est que le
reflet de notre civilisation ».
3.1. Jean Rouch (1917-2004)
Réalisateur et ethnologue
français, il est particulièrement connu pour sa pratique du cinéma direct et
pour ses films ethnographique sur des peuples africains.
Ø
Les maîtres fous (1954)
Ø
Moi un noir (1958)
Moi un noir (1958)
- La Noire de … (1966)
La Noire de ... (1966)
La Noire de … est un film franco-sénégalais écrit et
réalisé par Ousmane Sembène (1923-2007) en 1966. C’est le premier
long métrage réalisé par un cinéaste d’Afrique noire.
Ousmane Sembène |
Ousmane Sembène est un auteur et un cinéaste militant
dont les films ont été récompensé dans de nombreux festivals. Il fut tirailleur
dans l’armée française, puis docker à Marseille. Il relate cette expérience
dans son premier roman, Le docker noir en 1956. En 1961, il entre dans une
école de cinéma à Moscou. En 1966, il réalise La Noire de … Premier
long-métrage d’Afrique Noire.
La Noire de … Une jeune nourrice sénégalaise rejoint ses patrons français séjournant à Antibes. Elle espère découvrir la France et veut la visiter, elle comprend vite que la patronne ne l'a fait venir que pour servir de bonne à tout faire, sans aucun répit. Déçue, puis triste et bientôt en dépression, elle se suicide.
65 minutes
Interview d'Ousmane Sembène, prix Jean Vigo 1966
Dakar, vue par Ousmane Sembène, 1969
Ø
Le Mandat (1968), prix de la critique internationale au
Festival de Venise.
Ø
Camp de Thiaroye (1988), dénonciation d’un épisode accablant
pour l’armée coloniale française en Afrique en 1944. Le film ne sera diffusé en
France que vers le milieu des années 1990. Censure ?
Ø
Moolaadé (2003) aborde de front le thème très sensible de
l’excision.
.
- Et aujourd’hui ? Quel cinéma en
Afrique ?
Il existe très peu de salles de cinéma en Afrique. Certains pays
n’ont même plus de salles du tout. Et ce nombre continue de diminuer bien que
des pays, au lendemain de leur indépendance, aient d’abord tenté de développer
une cinématographie nationale. Aujourd’hui, la plupart des films réalisés par
des cinéastes africains sont tournés avec des fonds occidentaux et ne sont
diffusés qu’en Occident. On peut dès lors se questionner sur une
cinématographie destinée de fait à un public étranger.
En revanche, l’avènement de la vidéo dans les années 80 et du
numérique dans les années 90, ont permis un foisonnement de films réalisés avec
peu de moyens (le prix moyen d’un film est de 12000 euros. On est très loin des
millions d’euros des productions occidentales), dans des langues locales, et
largement diffusés à moindre frais. Le Nigeria, géant africain avec ses 186
millions d’habitants et ses 450 langues et dialectes qui débordent de son
territoire, est ainsi devenu le troisième pays producteur de films au monde,
derrière les Etats-Unis et l’Inde, avec plus de 200 films produits chaque mois.
On a d’ailleurs forgé le terme de Nollywood sur le modèle
de Bollywood pour désigner cette production.
Reportage AFP sur Nollywood (2017)
une puissance africaine ?



















