7.23.2017

Stop Ma Pa Ta


Stop Ma Pa Ta
(Ma matière première n’est pas ta matière)

Exposition à la Villa Arson du 4 juin au 17 septembre 2017


Avec les œuvres de : Edwige Aplogan, Aston, Daavo, Benjamin Déguénon, Kifouli Dossou, Euloge Glèlè, Richard Korblah, Charles Placide, Psycoffi, Gérard Quenum, Prince Toffa, Julien Vignikin, Didier Viodé et Dominique Zinkpé
Commissariat : André Jolly et Eric Mangion

Avec ce titre qui évoque de manière ironique le commerce des matières premières entre l’Afrique et les grandes puissances industrielles, l’exposition réunit quatorze artistes originaires du Bénin.

https://vimeo.com/222399552
  1. À propos du Bénin

Le Bénin est un pays d’Afrique occidentale qui s’étend du fleuve Niger au Nord à la côte atlantique au Sud. Il est voisin du Togo, du Nigeria, du Niger et du Burkina Faso.



À l’échelle de l’Afrique, le Bénin est un petit pays, un peu moins de 115 000 km2, soit un peu plus grand que le Portugal.

Le pays ouvre sur le golfe de Guinée et comme ses voisins se déploie en une longue bande orientée nord sud. Comme ces voisins, il couvre donc deux grandes aires géographiques et civilisationnelles : au nord, la savane sahélienne, terre sèche balayée par l’Harmattan, vent chaud et sec venu du Sahara, que se partagent éleveurs et agriculteurs. Le sud et le centre du pays sont marqués par l’histoire des peuples du golfe de Guinée, zone tropicale, arrosée par la mousson d’avril à novembre.


paysage de savane



forêt équatoriale du golfe de Guinée


On retrouve cette distinction dans les qualifications d'« Afrique des greniers » et d'« Afrique des paniers ». La première fait référence aux greniers de céréales que l'on trouve dans les villages du Sahel. « L’Afrique des paniers » fait référence à la zone équatoriale et correspond, en Afrique occidentale, au sud de tous les pays qui bordent le Golfe de Guinée. Dans ces derniers, en raison du climat équatorial favorable à l'agriculture, rien ne sert d'entreposer, il suffit juste de cueillir et d’emporter.
La capitale du pays est Porto-Novo, légèrement en retrait par rapport au littoral. Mais la grande ville, capitale économique et culturelle, est Cotonou, ville portuaire à 30 km de Porto-Novo.

Cotonou, qui compte près de 2 millions d’habitants, est l’une des grandes métropoles d’Afrique occidentale (par comparaison, Lagos, capitale du Nigeria voisin compte plus de 12 millions d’habitants). La ville abrite le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest et sa proximité avec le Nigeria en fait une plaque tournante de l’économie informelle.

vues de Cotonou






Le Bénin a été le berceau de différents royaumes qui ont été des foyers culturels importants. Différents sites sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, dont les palais royaux d’Abomey.


Statue d'homme requin provenant d'Abomey
entre 1889 et 1893
conservée au Musée du Quai Branly
Cette statue représenterait Béhanzin

Trône royal
vers 1820-1860
conservé au Musée du Quai Branly
(En matière d’art et d’antiquités, il existe d’ailleurs un contentieux entre la France et le Bénin. En effet, le Bénin demande la restitution de 5000 œuvres d’art volées par la France lors de la colonisation et conservées depuis, notamment au Musée du Quai Branly. Ce litige n’est pas propre à la France et au Bénin, mais concerne de nombreux pays. La Grèce par exemple qui demande au Royaume-Uni la restitution des marbres du Parthénon ou l’Égypte qui demande à l’Allemagne la restitution du buste de Néfertiti.



Buste de Néfertiti
conservé au Neues Museum de Berlin
Lors de leur expansion coloniale, les pays européens ont pillé de nombreuses œuvres d’art pour enrichir leurs collections et alimenter le marché de l’art. Comme François 1er ou Napoléon déjà en Italie. Le principal argument des opposants aux restitutions est que les pays d’origine ne seraient pas en mesure de conserver et de protéger les œuvres spoliées.)
À partir du 18ème siècle, se constitue un royaume puissant qui va dominer la région, le royaume du Dahomey.



Le royaume d'Abomey
C’est aussi l’époque où les Européens, d’abord des Portugais et des Néerlandais, s’installent de manière durable dans le Golfe de Guinée où sévit la traite des esclaves.
Dans le courant du 19ème siècle, la France organise la mise sous tutelle de la région. L’un des rois les plus mythiques du royaume du Dahomey, Béhanzin, s’oppose farouchement aux visées coloniales françaises. Il attaque les Français à Cotonou en 1890. Face à l’avancée des troupes françaises, il doit se rendre en 1894. Il sera déporté en Martinique d’où il ne cessera de demander son retour au Dahomey. Il meurt en 1906 en Algérie, toujours captif et exilé.


Gravure représentant Béhanzin
Le Dahomey est intégré à l’empire colonial français. Il accède à l’indépendance en 1960 sous le nom de République du Dahomey.

Les premières années de l’indépendance sont politiquement mouvementées. Les coups d’état se succèdent sur fond de rivalités entre le nord et le sud. En 1972, Mathieu Kérékou, un militaire, prend le pouvoir. Il impose le marxisme-léninisme comme idéologie officielle de l’État.


Mathieu Kérékou
En 1975, le pays change de nom et devient le Bénin, du nom d’un ancien royaume plus neutre que le nom Dahomey dans lequel les populations du nord ne se reconnaissaient pas.
Dans les années 80, la situation économique et politique du pays se dégrade. Un gouvernement de transition est mis en place et ouvre la voie à la démocratie et au multipartisme.
Depuis, le Bénin connaît des alternances politiques démocratiques relativement rares sur le continent africain, malgré des difficultés économiques. Le Bénin est en effet l’un des pays les plus pauvres du monde ( 1 enfant sur 2 travaille) malgré un taux de croissance de plus de 5% par an. L’agriculture est la principale source de richesse et l ‘économie du pays est très largement dépendante des cours mondiaux du coton, principale culture d’exportation devant l’ananas et l’huile de palme. Le port de Cotonou, l’un des pivots de l’économie béninoise est également très dépendant de son puissant voisin, le Nigeria.

  1. Les statues meurent aussi


Les statues meurent aussi (1953)

Les statues meurent aussi est un documentaire de 30 minutes réalisé par Chris Marker, Alain Resnais en 1953. Il fut commandé par la revue Présence Africaine, une revue, panafricaine éditée à Paris mais aussi une maison d’édition et une librairie qui regroupait notamment Aimé Césaire, Sédar Senghor, Sartre, … qui se sont tous engagés en faveur de la décolonisation.
Partant de la question « Pourquoi l’art nègre se trouve-t-il au musée de l’Homme alors que l’art grec ou égyptien se trouve au Louvre ? », les réalisateurs dénoncent le manque de considération pour l'art africain dans un contexte de colonisation. En France, du fait de son point de vue anti-colonialiste, le film reste interdit par la censure pendant une dizaine d’années. (Le musée de l’Homme est un musée qui avait une prétention scientifique et non pas artistique. À travers la présentation d’objets, il s’agissait de présenter de manière objective et scientifique les différents groupes humains. On est pas loin d’une vision racialiste évidemment contestable. D’ailleurs Le musée de l’Homme n’existe plus, il a été remplacé par le musée du Quai Branly qui insiste davantage sur l’esthétisme des objets présentés et la notion de chef d’œuvre.)



La vitrine des instruments de musique dans la salle d’exposition permanente consacrée à l’Europe au musée de l’Homme dans les années 1970 © MNHN 

Intérieur du Musée du Quai Branly - Jacques Chirac
Atelier Jean Nouvelle
(Les statues meurent aussi est à mettre en relation, tant il s’en inspire, avec Le musée imaginaire, essai d’André Malraux publié en 1947.)
Ce film est resté célèbre non seulement en raison de la censure, mais aussi parce que c’est l’un des premiers films de deux réalisateurs majeurs : Chris Marker et Alain Resnais.

Chris Marker

Alain Resnais

2.1.          Chris Marker (1921-2012)
Réalisateur, écrivain, illustrateur, traducteur, photographe, éditeur, philosophe, essayiste, critique, poète et producteur, Chris Marker est né en 1921 et mort en 2012. Il est l’auteur de ce que l’on peut qualifier d’essais cinématographiques : la Jetée, le Fond de l’air est rouge, Sans soleil, le tombeau d’Alexandre …
Il collabore activement avec des cinéastes, des écrivains, des artistes ou de simples ouvriers. Toute son œuvre est empreinte d’un profond humanisme, d’un goût pour les voyages et la découverte du monde et un militantisme actif. Il a pris position contre la guerre du Vietnam (Loin du Vietnam, film collectif avec Godard, Resnais,…), contre le colonialisme, pour Cuba et les mouvements révolutionnaires. Fascination pour le Japon où il a régulièrement voyagé (Sans Soleil, A.K, portrait du cinéaste Akira Kurosawa). Initiateur, avec d’autres, des groupes Medvekine, du nom du réalisateur soviétique, qui permettent aux ouvriers de filmer leurs luttes de l’intérieur.
Ø     Les statues meurent aussi (1953)
Ø     La Jetée (1962)  https://www.dailymotion.com/video/x125ph1

2.2.          Alain Resnais (1922-2014)
Réalisateur français, proche de la Nouvelle Vague. (La Nouvelle Vague est un mouvement du cinéma français de la fin des années 1950. Il rassemble des réalisateurs qui ont tourné leurs premiers films à la fin de cette période. Les figures emblématiques en sont notamment François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Éric Rohmer, Jacques Rivette et Agnès Varda.)
 Auteur de vingt longs métrages, dont Nuit et Brouillard (1956), premier film de référence sur les camps de concentration.
Nuit et brouillard (1956)
Ø     Hiroshima mon amour (1959), sur un texte de Marguerite Duras


Bande annonce du film Hiroshima mon amour (1959)
Ø     L’année dernière à Marienbad (1961) sur un scénario d’Alain Robbe-Grillet 

Bande annonce de L'année dernière à Marienbad (1961)

(Alain Robbe-Grillet et Marguerite Duras sont deux auteurs majeurs de ce qu’on a appelé le Nouveau Roman dans les années 60, mouvement littéraire qui visait à repousser les conventions du roman traditionnel telles que l’intrigue, le portrait psychologique et même la nécessité des personnage. Le nouveau roman se veut un art autonome, conscient de lui-même. La position du narrateur y est notamment interrogée : quelle est sa place dans l'intrigue, pourquoi raconte-t-il ou écrit-il ?)
Ø     Muriel (1963) traite de la torture pendant la guerre d’Algérie.


Muriel ou le temps d'un retour (1963)
Dans les années 80 et 90, Alain Resnais s’engage dans une voie plus grand public avec des films comme On connaît la chanson, par exemple.
  1. Les maîtres fous (1955) film de Jean Rouch
Les maîtres fous 1/2
Les maîtres fous 2/2
Le documentaire illustre les pratiques rituelles de la secte religieuse des Haoukas pratiquées par les immigrés pauvres d'Accra, capitale du Ghana, autre pays du golfe de Guinée.. Cette secte témoigne de l’apparition de nombreuses religions nouvelles au cours des années 20, lorsque des jeunes hommes de la brousse d’Afrique noire se rendirent dans les villes et furent heurtés à la civilisation mécanique. Ces rites consistent en l'incarnation par la transe des figures de la colonisation (le gouverneur, la femme du capitaine, le conducteur de locomotive, etc.) et s'organise autour d'une confession publique, de chorégraphies frénétiques et de sacrifices d'animaux (poules, chien).  Ce rituel de possession montre indirectement comment certains Africains se représentaient notre civilisation occidentale.
Au lendemain du rituel, Rouch retrouve les membres de la secte dans leur environnement social, nous découvrons qu’ils sont ouvriers, voleurs à la tire ou encore soldats.  Cette construction en triptyque, qui suit le déroulement des événements facilite l’ancrage des personnes filmées dans leur quotidien, et finalement le spectateur réalise que ces hommes, que l’on peut penser fous, violents et cruels, sont en réalité parfaitement intégrés à leur milieu.  Ils ont su trouver un moyen d’accepter, ou du moins vivre, avec la domination quotidienne exercée par les sociétés occidentales.
Jean Rouch expliquera que  « ce jeu violent n'est que le reflet de notre civilisation ».
3.1. Jean Rouch (1917-2004)
Réalisateur et ethnologue français, il est particulièrement connu pour sa pratique du cinéma direct et pour ses films ethnographique sur des peuples africains.
Ø     Les maîtres fous (1954)
Ø     Moi un noir (1958)
Moi un noir (1958)
  1. La Noire de … (1966)
La Noire de ... (1966)
La Noire de … est un film franco-sénégalais écrit et réalisé par Ousmane Sembène (1923-2007) en 1966. C’est le premier long métrage réalisé par un cinéaste d’Afrique noire.


Ousmane Sembène
Ousmane Sembène est un auteur et un cinéaste militant dont les films ont été récompensé dans de nombreux festivals. Il fut tirailleur dans l’armée française, puis docker à Marseille. Il relate cette expérience dans son premier roman, Le docker noir en 1956. En 1961, il entre dans une école de cinéma à Moscou. En 1966, il réalise La Noire de … Premier long-métrage d’Afrique Noire.
La Noire de … Une jeune nourrice sénégalaise rejoint ses patrons français séjournant à Antibes. Elle espère découvrir la France et veut la visiter, elle comprend vite que la patronne ne l'a fait venir que pour servir de bonne à tout faire, sans aucun répit. Déçue, puis triste et bientôt en dépression, elle se suicide.

65 minutes
Interview d'Ousmane Sembène, prix Jean Vigo 1966
Dakar, vue par Ousmane Sembène, 1969
Ø     Le Mandat (1968), prix de la critique internationale au Festival de Venise.


Ø     Camp de Thiaroye (1988), dénonciation d’un épisode accablant pour l’armée coloniale française en Afrique en 1944. Le film ne sera diffusé en France que vers le milieu des années 1990. Censure ?
Ø     Moolaadé (2003) aborde de front le thème très sensible de l’excision.
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  1. Et aujourd’hui ? Quel cinéma en Afrique ?
Il existe très peu de salles de cinéma en Afrique. Certains pays n’ont même plus de salles du tout. Et ce nombre continue de diminuer bien que des pays, au lendemain de leur indépendance, aient d’abord tenté de développer une cinématographie nationale. Aujourd’hui, la plupart des films réalisés par des cinéastes africains sont tournés avec des fonds occidentaux et ne sont diffusés qu’en Occident. On peut dès lors se questionner sur une cinématographie destinée de fait à un public étranger.
En revanche, l’avènement de la vidéo dans les années 80 et du numérique dans les années 90, ont permis un foisonnement de films réalisés avec peu de moyens (le prix moyen d’un film est de 12000 euros. On est très loin des millions d’euros des productions occidentales), dans des langues locales, et largement diffusés à moindre frais. Le Nigeria, géant africain avec ses 186 millions d’habitants et ses 450 langues et dialectes qui débordent de son territoire, est ainsi devenu le troisième pays producteur de films au monde, derrière les Etats-Unis et l’Inde, avec plus de 200 films produits chaque mois. On a d’ailleurs forgé le terme de Nollywood sur le modèle de Bollywood pour désigner cette production.


Reportage AFP sur Nollywood (2017)

Le dessous des cartes : le Nigeria
une puissance africaine ?